Avant Ebando, il y a une vie : un jeune Gascon arrivé au Gabon en 1971, une amitié scellée une nuit de panne, deux initiations rares et des années au service des villages.
Hugues Obiang Poitevin grandit en Gascogne, dans le sud-ouest de la France. Le 10 octobre 1971, à vingt et un ans, il arrive au Gabon pour rejoindre sa mère, Madame Villas. Venu d'abord quinze jours, par charter DC6 de la Gabonair, il restera par choix. Il ne repartira pas. Sa mère repose au Gabon depuis 2013, aux côtés de leur fils Noé, aimé de tous, parti à vingt-quatre ans ; trois de ses enfants sont nés sur cette terre. Il s'installe à Libreville et se décrira plus tard comme un « métis culturel ». Il deviendra citoyen gabonais en 2005. Comme il aime à le rappeler : « Je suis devenu gabonais après trente-trois ans de présence et d'amour du pays, de sa nature, de ses cultures et de ses habitants. »
Sa vie professionnelle de transporteur routier, dès 1976, le pousse à parcourir le pays et à rencontrer les cultures locales, alors si décriées par les religions importées. C'est l'une de ces routes qui, la nuit du 2 août 1976, près de Kango, après une panne automobile, le conduit à frapper à la seule porte éclairée du village. C'est celle d'André Ngi Ovono — Papa André, « Dalaï-lama du Gabon » —, harpiste liturgique et grand guérisseur du Bwiti. De cette nuit naît une amitié qui ne s'éteindra qu'avec la mort de Papa André, en 2017. C'est aussi le seuil par lequel Tatayo entrera, des années durant, dans la tradition.
En 1979, Tatayo est initié au Bwiti Fang Dissumba — la voie liée au Bois Sacré et à l'Iboga des peuples Fang du nord du Gabon — par Evariste Nguema Mba Ndong, le grand frère de Papa André. Il est le premier Occidental initié au Bwiti Fang. Evariste s'éteindra du tétanos le 9 août 1979, trois semaines seulement après cette initiation. Le Bwiti Dissumba, « qui sauve », comme l'affirment les peuples de la forêt.
Tatayo ne reste pas spectateur. En 1980, dans l'élan de cette initiation, il fonde une première « association pour la promotion agricole et culturelle du village gabonais », avec Daniel Odimbossoukou et Catherine Oneto, aujourd'hui disparus. Viennent ensuite des coopératives rurales, montées avec Jean Robert Rengouwa : un concept exigeant, qui a difficilement vu le jour malgré l'engagement total de ces compagnons. Comprenant qu'il faut une structure capable de financer l'action sur ses propres bénéfices, il crée en 1984 l'entreprise Trip Gabon (Transports Rapides Inter-Provinciaux). Pendant près de dix-sept ans, ses bénéfices financeront en direct des micro-projets ruraux au service des villages.
En 1993, Katy Euillet, mère de leurs 3 enfants, et Tatayo sont reçus dans d'autres rites traditionnels du Moyen Ogooué, chez Jean Tsanga, devenu plus tard Motamba (« Racine de Terre »). C'est par cette voie que Tatayo est initié au Bwiti Misoko Ngondé na Dipouma, rattaché à la tradition Akèlè Simba, au centre du Gabon. Il est le troisième Occidental à y être initié. Recevoir les deux lignées — Dissumba chez les Fang et Misoko chez les Simba — est rare. C'est cette double transmission qui, plus tard, donnera à Ebando sa position de référence, sans pour autant en faire une école.
Avant comme après la naissance d'Ebando, Tatayo a aussi été un passeur de culture entre le Gabon et le monde. En 1996, l'association des Amis du Cirque de l'Équateur permet à vingt-deux artistes gabonais de signer un contrat de deux ans, renouvelable, au Barnum & Ringling Circus, aux États-Unis. En 2004, Ebando est la cheville ouvrière de la partie gabonaise du Festival de Musique à cordes, dix jours durant, au Centre culturel français devenu depuis l'Institut français, un succès porté notamment par l'animatrice Irène Labeyrie et le chef d'orchestre Toups Bebey.