Sentier brumeux en forêt équatoriale, le chemin de plus de cinquante ans d'Ebando
L'association

Notre histoire

Plus de cinquante ans entre la France, le Gabon et la forêt.

Une voix, un chemin

Ebando n'est pas née d'une décision. Elle est née d'une rencontre, après un long chemin. Hugues Obiang Poitevin — celui que tous appellent Tatayo — arrive au Gabon le 10 octobre 1971, à vingt et un ans, pour rejoindre sa mère. Il s'installera à Libreville et ne repartira plus ; il ne deviendra citoyen gabonais que bien plus tard, en 2005, après trente-trois ans de présence et d'amour du pays. Cinq ans après son arrivée, dans la nuit du 2 août 1976, près de Kango, sa voiture tombe en panne. Il frappe à la seule porte éclairée des environs : celle d'André Ngi Ovono, artisan, harpiste liturgique et grand guérisseur initié au Bwiti. Vingt-trois ans après cette rencontre, le 30 septembre 1999, à Akanda près de Libreville, ces deux hommes fonderont ensemble Ebando. Entre les deux, il aura fallu apprendre, être reçu, être initié — le Bwiti Fang Dissumba en 1979, le Bwiti Akèlè Simba Misoko-Ngondé en 1994 — et traverser, avant de poser un nom.

Les deux co-fondateurs

Deux hommes, une rencontre.

Ebando est née de l'amitié entre un enfant de Gascogne devenu gabonais et un grand guérisseur du Bwiti. L'un a ouvert sa porte, l'autre a appris à entrer.

Portrait de Papa André Ngi Ovono, co-fondateur et président d'honneur d'Ebando
Photo d'archive Ebando

1934 – 2017 · Président d'honneur

André Ngi Ovono

« Papa André »

Artisan, harpiste liturgique, grand guérisseur initié au Bwiti, père et grand-père de quinze enfants et petits-enfants. C'est lui qui, dans la nuit du 2 août 1976, ouvrit sa porte à Tatayo. Il restera le gardien et le président d'honneur d'Ebando jusqu'à sa disparition, le 15 décembre 2017.

Portrait de Tatayo, Hugues Obiang Poitevin, co-fondateur d'Ebando
Portrait Ebando

Au Gabon depuis 1971 · Cheville ouvrière

Tatayo, « Fruit du Vent »

Hugues Obiang Poitevin · Obiang Nzondo Mamisoba

Originaire de Gascogne, arrivé au Gabon le 10 octobre 1971 à vingt et un ans, devenu citoyen gabonais en 2005, il se dit « métis culturel ». Premier Occidental initié au Bwiti Fang en 1979, troisième Occidental initié au Misoko en 1994. Au sein d'Ebando, il est la cheville ouvrière qui fait tenir ensemble la transmission, les officiants et les initiés.

Mbilou, Papa André Ngi Ovono et Tatayo réunis au village
Mbilou, Papa André et Tatayo · photo d'archive Ebando
Papa André Ngi Ovono en tenue cérémonielle du Bwiti
Papa André en tenue cérémonielle · photo d'archive Ebando
Maman Lucie, veuve de Papa André, et sa petite-fille Chimène au village
Maman Lucie, veuve de Papa André et grand-mère de ChimèneMiraculeuse témoin synchrone de l'arrivée de l'Esprit masqué, le 30 septembre 1999, entre les pattes du premier nganga lié et les pieds de l'homme.

Un chemin, pas à pas

De la Gascogne à la forêt équatoriale.

Avant Ebando, il y a une vie : un jeune Gascon arrivé au Gabon en 1971, une amitié scellée une nuit de panne, deux initiations rares et des années au service des villages.

Hugues Obiang Poitevin grandit en Gascogne, dans le sud-ouest de la France. Le 10 octobre 1971, à vingt et un ans, il arrive au Gabon pour rejoindre sa mère, Madame Villas. Venu d'abord quinze jours, par charter DC6 de la Gabonair, il restera par choix. Il ne repartira pas. Sa mère repose au Gabon depuis 2013, aux côtés de leur fils Noé, aimé de tous, parti à vingt-quatre ans ; trois de ses enfants sont nés sur cette terre. Il s'installe à Libreville et se décrira plus tard comme un « métis culturel ». Il deviendra citoyen gabonais en 2005. Comme il aime à le rappeler : « Je suis devenu gabonais après trente-trois ans de présence et d'amour du pays, de sa nature, de ses cultures et de ses habitants. »

Sa vie professionnelle de transporteur routier, dès 1976, le pousse à parcourir le pays et à rencontrer les cultures locales, alors si décriées par les religions importées. C'est l'une de ces routes qui, la nuit du 2 août 1976, près de Kango, après une panne automobile, le conduit à frapper à la seule porte éclairée du village. C'est celle d'André Ngi Ovono — Papa André, « Dalaï-lama du Gabon » —, harpiste liturgique et grand guérisseur du Bwiti. De cette nuit naît une amitié qui ne s'éteindra qu'avec la mort de Papa André, en 2017. C'est aussi le seuil par lequel Tatayo entrera, des années durant, dans la tradition.

En 1979, Tatayo est initié au Bwiti Fang Dissumba — la voie liée au Bois Sacré et à l'Iboga des peuples Fang du nord du Gabon — par Evariste Nguema Mba Ndong, le grand frère de Papa André. Il est le premier Occidental initié au Bwiti Fang. Evariste s'éteindra du tétanos le 9 août 1979, trois semaines seulement après cette initiation. Le Bwiti Dissumba, « qui sauve », comme l'affirment les peuples de la forêt.

Tatayo ne reste pas spectateur. En 1980, dans l'élan de cette initiation, il fonde une première « association pour la promotion agricole et culturelle du village gabonais », avec Daniel Odimbossoukou et Catherine Oneto, aujourd'hui disparus. Viennent ensuite des coopératives rurales, montées avec Jean Robert Rengouwa : un concept exigeant, qui a difficilement vu le jour malgré l'engagement total de ces compagnons. Comprenant qu'il faut une structure capable de financer l'action sur ses propres bénéfices, il crée en 1984 l'entreprise Trip Gabon (Transports Rapides Inter-Provinciaux). Pendant près de dix-sept ans, ses bénéfices financeront en direct des micro-projets ruraux au service des villages.

En 1993, Katy Euillet, mère de leurs 3 enfants, et Tatayo sont reçus dans d'autres rites traditionnels du Moyen Ogooué, chez Jean Tsanga, devenu plus tard Motamba (« Racine de Terre »). C'est par cette voie que Tatayo est initié au Bwiti Misoko Ngondé na Dipouma, rattaché à la tradition Akèlè Simba, au centre du Gabon. Il est le troisième Occidental à y être initié. Recevoir les deux lignées — Dissumba chez les Fang et Misoko chez les Simba — est rare. C'est cette double transmission qui, plus tard, donnera à Ebando sa position de référence, sans pour autant en faire une école.

Avant comme après la naissance d'Ebando, Tatayo a aussi été un passeur de culture entre le Gabon et le monde. En 1996, l'association des Amis du Cirque de l'Équateur permet à vingt-deux artistes gabonais de signer un contrat de deux ans, renouvelable, au Barnum & Ringling Circus, aux États-Unis. En 2004, Ebando est la cheville ouvrière de la partie gabonaise du Festival de Musique à cordes, dix jours durant, au Centre culturel français devenu depuis l'Institut français, un succès porté notamment par l'animatrice Irène Labeyrie et le chef d'orchestre Toups Bebey.

La transmission, d'une génération à l'autre

Le ngombi ne se garde pas, il se transmet.

Papa André était le gardien du ngombi, la harpe sacrée. À Ebando, l'instrument et le chant passent de main en main, jusqu'aux enfants de la maison.

Archive familiale d'Ebando : deux enfants de la maison, l'un tenant le ngombi, la harpe sacrée
Archive familiale Ebando

Écouter — archives sonores d'Ebando

Ngombi — Theophile Rissani
Chant du Bwiti — Mwemba

Le mythe fondateur · 30 septembre 1999

La Vérité sortie de l'eau.

Tableau naïf d'Olia Ditengou Tumilovich : un chien et le masque Mvudi sorti de l'eau, scène du mythe fondateur d'Ebando
Le chien et le masque Mvudi, l'icône peinte par Olia Ditengou Tumilovich, notre voisine devenue sœur, offerte à Tatayo pour ses 50 ans le 12 avril 2000, environ 200 jours avant l'arrivée de l'Esprit masqué
L'Esprit masqué, peinture de notre sœur Olia Ditengou Tumilovich (Makapenga)
L'Esprit masqué, le grand tableau de notre sœur Olia Ditengou Tumilovich, peint le mois suivant l'arrivée de l'Esprit. Aka Makapenga@yahoo.fr

Le 30 septembre 1999, lors d'une initiation conjointe — un jeune Français et un enfant du pays — au lendemain d'une veillée mêlant pour la première fois les rites Bwiti Dissumba et Misoko, un événement singulier survint.

Un vieux chien, nommé Accosta, fut mené à l'océan tout proche pour le débarrasser de ses puces. À marée basse, vers midi, sous le regard du témoin Minkoué Mobiang, entre les pattes du chien et les jambes de l'homme, un objet flottait. On le prit d'abord pour un bol de bois. C'était un masque.

Génie dansé par sept ethnies du Pays profond, ce masque, « Mvudi-Marumba », était venu jusque-là par le fleuve Ogooué puis le long de la côte. Consulté, un chef coutumier respecté, le Mutamba, « vit » qu'un ancien, faute d'avoir su à qui transmettre le génie de sa lampe, s'en était remis au pouvoir de l'Eau — origine de tous les génies.

À peine arrivé au village, le masque fut nommé « Ngenza » (en yipunu) ou « Abel'Ebebela » (en fang) — soit « la Vérité » — par l'enfant de dix ans initié ce jour-là. Arrivée la bouche ouverte, noyée, cette face de bois peinte fut aussitôt ressuscitée avec une feuille d'arbre fruitier. Depuis, elle tire la langue, comme le font les humains.

« J'ai lavé mon chien et j'ai rencontré Dieu. »Le poète témoin

De la rencontre de ces deux lignées — l'Ombwiri Ekang Fang Dissumba et le Bwiti Akèlè Simba Misoko-Ngondé — et de l'agrément de l'Invisible apporté par le masque Mvudi-Marumba naîtra, plus de cinq ans plus tard, Mboma na Ditsuala : un rite éclectique, mélange choisi de pratiques issues du Nord, du Centre et du Sud du Gabon profond.

C'est de cette rencontre entre la nature, l'eau et les esprits de la forêt qu'Ebando tire son nom et sa raison d'être : unir la nature, la culture et l'avenir.

Sept jalons

La mémoire en polaroids.

Sept jalons, sept photographies. Au survol, chaque polaroid se redresse et reprend ses couleurs.

  1. Danse en costume de raphia lors d'une fête à Ebando, archive des débuts au Gabon

    1971

    L'arrivée au Gabon

    Le 10 octobre, à vingt et un ans, Hugues Obiang Poitevin — Tatayo — arrive au Gabon pour rejoindre sa mère. Il ne repartira pas : il s'installera à Libreville et, après trente-trois ans de présence et d'amour du pays, deviendra citoyen gabonais en 2005.

  2. Route brumeuse en forêt équatoriale, la nuit de la rencontre près de Kango

    1976

    La rencontre fondatrice

    Dans la nuit du 2 août, près de Kango, la voiture de Tatayo tombe en panne. Il frappe à la seule porte éclairée : celle d'André Ngi Ovono. De cette rencontre naîtra tout le reste.

  3. Deux jeunes initiés au visage peint de rouge et de blanc, tradition du Bwiti Fang

    1979

    La première initiation

    Tatayo est initié au Bwiti Fang Dissumba, la voie liée au Bois Sacré et à l'Iboga des peuples Fang du nord du Gabon, par Evariste Nguema Mba Ndong, grand frère de Papa André. Il est le premier Occidental initié au Bwiti Fang.

  4. Mains au travail, symbole des micro-projets ruraux financés par Trip Gabon

    1984

    Trip Gabon finance la terre

    Tatayo crée Trip Gabon. Pendant près de dix-sept ans, ses bénéfices financent en direct des micro-projets ruraux et la logistique de petites coopératives, au service des villages.

  5. Masque Bwiti sur fond noir, en écho au masque Mvudi fondateur

    1999

    La naissance d'Ebando

    Le 30 septembre, lors d'une initiation conjointe mêlant les rites Dissumba et Misoko, le masque Mvudi est découvert flottant sur l'océan à Akanda. Ebando — « la renaissance » — est fondée : l'ANCE, Association Nature Culture Ebando.

  6. Portrait d'André Ngi Ovono, co-fondateur et président d'honneur d'Ebando

    2017

    André Ngi Ovono s'éteint

    Le 15 décembre, le co-fondateur et président d'honneur d'Ebando s'éteint. Avec lui disparaît une part de la mémoire vivante de la tradition Bwiti gabonaise.

  7. Visage de femme levé vers la lumière, en écho au film et au colloque sur les violences faites aux femmes

    2024

    Le Colloque sur la Violence

    Les 16, 17 et 18 janvier, Ebando co-organise avec le Département de psychologie de l'Université Omar Bongo le Colloque sur la Violence, dans le prolongement du film Mivova y'ato et de plus de vingt ans de témoignages recueillis.

Danseurs au corps peint de kaolin blanc lors d'une cérémonie Bwiti de nuit, devant l'assemblée du village
Une cérémonie Bwiti dansée la nuit, le genre de scène que Cheyssial a filmée de l'intérieur.Photographie

Un regard du dehors

Jean-Claude Cheyssial,
cinéaste et ethnologue.

Cheyssial est l'œil qui a filmé l'intérieur du Bwiti pour le faire voir au reste du monde. Cinéaste documentariste indépendant, ethnologue, il a été accompagné par Tatayo dans ses reportages au cœur de la tradition gabonaise. Ses films restent une porte d'entrée précieuse pour qui veut comprendre la tradition sans y entrer.

Ami de longue date d'Ebando, sans en être membre, il a rendu une visibilité possible — toujours en respectant ce qui ne se montre pas.

Lire sa lettre de recommandation

La Nuit du Bwiti · 1995

Le film documentaire.

La Nuit du Bwiti (1995), documentaire de Jean-Claude Cheyssial sur la société initiatique du Bwiti, où apparaît Tatayo. Tourné au Gabon, diffusé sur RFO, France 3 et TV5.
Une initiation n'est pas quelque chose que l'on peut précipiter. Cela demande du temps, et de la patience.

Tradition Bwiti — Ebando 2026

L'enracinement

Deux traditions, une transmission.

Le Bwiti Fang Dissumba et le Bwiti Akèlè Simba Misoko-Ngondé sont deux lignées initiatiques distinctes. La première vient des peuples Fang du nord du Gabon, la seconde des Akèlè (Simba) du centre. Chacune a ses chants, ses rythmes, ses masques, sa cosmogonie. Chacune a sa manière de prendre soin du visiteur, de l'accompagner, de l'ouvrir à ce qui se transmet.

Tatayo est initié dans les deux. Cette double transmission est rare. Elle est ce qui permet à Ebando de tenir une position de référence, sans se réduire à une école. La transmission est portée collectivement par les transmetteurs présents : Tatayo, Pemba, Bokaye, Maviango, Mambweté, Tata.

Une mère au visage peint de rouge tient sa fille dans ses bras lors d'un rassemblement villageois au Gabon
La transmission se vit d'abord dans les bras : une mère et sa fille, lors d'un rassemblement au village.Photographie

Bibliographie

Pour aller plus loin par la lecture.

Couverture de « Paroles d'un enfant du Bwiti », Marion Laval-Jeantet
Marion Laval-Jeantet — Paroles d'un enfant du Bwiti. Les enseignements d'Iboga, recueillis au fil d'entretiens avec Tatayo (éd. L'Originel - Charles Antoni, 2005).
Couverture de « Iboga, invisible et guérison », Marion Laval-Jeantet
Marion Laval-Jeantet — Iboga, invisible et guérison. Une approche ethnopsychiatrique du Bwiti et de l'Iboga, issue de sa thèse d'ethnopsychiatrie (éd. CQFD, 2006).
Couverture de « The Iboga Experience », Leo van Veenendaal
Leo van Veenendaal — The Iboga Experience. Témoignages et conseils autour de l'Iboga ; l'auteur fut initié au Bwiti à Ebando, au Gabon, en 2018 (auto-édition, 2023).

Voix qui en parlent ailleurs

Podcasts, livres, témoignages publics.

Aujourd'hui

Ebando continue.

Six référents. Plusieurs cérémonies par an. Une transmission qui ne se précipite pas. Des visiteurs reçus dans le cadre, accompagnés, et qui repartent avec ce qu'ils ont à recevoir. Le quotidien est fait d'artisanat, de musique, d'accueil, de soins, et de présence à la forêt équatoriale qui borde le lieu.

Comprendre, c'est déjà commencer.