Babongo — Bruce Parry
2005

✦ La page reine
Bwete-Bwiti, une tradition vivante, transmise parmi les ethnies du Gabon depuis des siècles, jusqu'aux Fang à la fin du XIXe siècle et à l'aube du XXe.
Le Bwiti apparaît comme l'une des plus importantes traditions ésotériques du Gabon. Les premiers à expérimenter le pouvoir de l'Iboga furent les peuples premiers de la forêt ; sa pratique ritualisée, mêlée au culte des Ancêtres, a donné naissance au Bwiti, au cœur de la forêt équatoriale.
L'Iboga (Tabernanthe iboga), aussi appelé Bois Sacré, est le véhicule initiatique du Bwiti. Effets toniques à petite quantité, réalisations initiatiques à plus grande quantité. Utilisé dans le cadre d'une action de guérison, c'est une plante enthéogène — et il n'est pas du tout addictif lui-même.
Les mutations actuelles, suscitées par la réintroduction du sens du global dans les sociétés humaines, de l'imaginaire et du sacré, annoncent à terme la naissance d'une nouvelle vision de l'homme et du monde. Elles nous amènent de ce fait à reconnaître la tradition non plus comme un ensemble de valeurs passées — donc dépassées — mais au contraire comme un facteur susceptible d'apporter un nouveau sens à la vie.
Il est vital pour notre humanité de découvrir toute cette sagesse millénaire qui fait partie de notre propre patrimoine culturel. Une bonne connaissance du rôle des communautés dites ésotériques s'impose à tous. Au Gabon, le Bwiti en constitue une.
Certains observateurs vont jusqu'à dire que « le Gabon est à l'Afrique ce que le Tibet est à l'Asie » — un véritable centre spirituel d'initiation religieuse.
Notre association Ebando a pour objet de mieux faire connaître ces patrimoines essentiels.
L'EBOGHÊ n'est pas seulement une plante. Le BWÉTÉ n'est pas seulement un rite. Ils constituent un héritage civilisationnel, spirituel, culturel et scientifique qui participe de l'âme même du Gabon.
— Tah Mombo
Le Bwiti est lié à l'essence de chaque personne dans sa différence.
— Tradition Bwiti
Face au déferlement des sectes d'inspiration chrétienne et à l'installation de l'Islam en Afrique Centrale, subsistent encore des cultes traditionnels dont le plus connu au Gabon est le Bwiti — rite initiatique dont plusieurs documentaires viennent de délivrer certaines facettes au public (réalisateur Jean-Claude Cheyssial, cinéaste et ethnologue accompagné par Tatayo).
L'Iboga, véhicule initiatique du Bwiti, également appelé Bois Sacré, a des effets toniques à petite quantité et mène à des réalisations initiatiques à plus grande quantité.
La pratique de l'Iboga remonte à la nuit des temps, car l'arbuste magique prospérait déjà à l'ombre des arbres géants de la forêt équatoriale, bien avant l'arrivée du premier chasseur.
Les premiers à expérimenter son pouvoir furent les peuples premiers, qui avaient observé des animaux — cochons sauvages selon certains, porc-épics ou singes mandrilles selon d'autres — être en proie à une grande excitation après l'ingestion des racines du Tabernanthe iboga.
Sa pratique ritualisée se transmit ensuite de génération en génération, au cœur de la forêt et de ses peuples.
Supputation tangible
L'origine du Bwiti semble être venue par les familles linguistiques Membè-Meriè, et ce grâce aux BaBongo, qui auraient montré la plante maîtresse — l'Iboga — qui est à la base du Rite. Sur un sujet aussi sensible, nous l'énonçons comme une supposition, non comme un fait établi.



L'arbre vivant
« Tout est dans la nature et toute la nature est en moi. On est ensemble. »
— Parole des peuples premiers
Le but de l'initiation — qui peut s'étaler sur plusieurs jours — est notamment de faire remonter l'impétrant à l'origine des temps, en revivant les souvenirs de milliers de générations qui l'ont précédé et qui sont enfouis dans sa mémoire individuelle, parcelle d'une mémoire collective immémoriale.
Un autre but est évidemment curatif : de nombreux patients comptent sur le pouvoir du rite pour chasser tous types de maladies, tant physiques que psychosomatiques ou d'origine sorcière.
Un des volets du documentaire de Cheyssial décrit l'usage possible des propriétés alcaloïdes de l'arbuste pour le traitement du sevrage des drogues — notamment héroïne et cocaïne. Selon plusieurs expériences menées par des scientifiques américains et suivies par le pharmacien le plus connu du Gabon, le Professeur Gassita, la puissance des dérivées de l'Iboga — qui n'est pas du tout addictif lui-même — permet de couper rapidement la dépendance aux drogues dures.
Sur l'état réel des connaissances scientifiques, leurs promesses comme leurs limites, voir ce que dit la recherche sur l'Iboga et l'ibogaïne.


Au cœur du Bwiti
« Tout est dans la nature et toute la nature est en moi. On est ensemble. » — Parole des peuples premiers
L'Iboga, véhicule initiatique du Bwiti. La rencontre avec soi-même se vit, elle ne se raconte pas.
Si un jour tu manges Iboga, tu mangeras l'écorce amère de la racine de cet arbuste qui pousse dans la forêt primale au Gabon. Elle est utilisée par les peuples premiers dans leurs rituels de guérisons physiques et spirituelles depuis des milliers d'années.
Ce rituel, le Bwiti ou culte des ancêtres, est d'ailleurs à l'origine de la thérapie occidentale appelée constellation familiale. Cette plante est un précieux cadeau de la nature.
L'écorce, c'est la partie de la plante qui est directement au contact de la terre, c'est la membrane qui cogère les échanges de la plante avec la terre. En mangeant cette écorce, tu recontactes tes propres racines. En quelque sorte, tu réévalues et optimises tes programmes d'échange — entrées et sorties — avec l'extérieur.
Le reformatage de ton biodisque dur est activé. Durant tout le mois qui suit, le travail en profondeur continuera à se faire.
Tout ce vécu se fait avec un sentiment intense d'hyperprésence. À aucun moment il n'est question de paradis artificiel — l'amertume exécrable du bois ne donne d'ailleurs vraiment pas envie d'y revenir.
Iboga participe à la guérison des maux et blessures, des plus physiques aux plus subtils. En mangeant le bois sacré, tu te réappropries toute la force de l'univers qui est en toi et en chacun d'entre nous, et tu acceptes de la redistribuer sans peur de manquer.

Du culte des ancêtres au Bwiti




Le masque Bwiti
Les masques portent une fonction précise dans la cérémonie. Ils ne sont pas des objets à photographier. Ils ne sont pas des souvenirs à ramener. Ils sont vivants.
Ce sentiment de paix génère :
C'est dans cette énergie que la compréhension profonde et les transformations durables peuvent s'installer.
Les peuples premiers appellent aussi Iboga le Bois Sacré. Mais qu'est-ce qu'il a de plus sacré qu'un autre bois, cet Iboga ? Iboga, lorsqu'il est utilisé dans le cadre d'une action de guérison, est une plante enthéogène — qui amène Dieu à toi (Dieu n'étant qu'une façon de parler ; les mots Univers, Vie, Amour feraient presque aussi bien l'affaire).
Manger de l'Iboga est une expérience de foi dans la vie. Tu as alors accès à une forme de mémoire collective.
Le voyage vers la guérison n'est pas uniquement lié au fait de manger de l'Iboga, mais aussi dans l'intention que tu y associes et dans les conditions dans lesquelles tu le manges.
Le « miracle » de ta guérison dépend donc aussi de ton intention de guérison. Et ça ne marche pas forcément à 100 % du premier coup — tu auras peut-être besoin d'une ou deux sessions supplémentaires pour être confortable dans cette nouvelle dimension de vie.
Lorsque tu manges le bois, il travaille en toi là où il doit travailler, au rythme juste. Peut-être que tu n'auras aucune vision et seulement des sensations physiques, tout du moins consciemment. Peut-être que tu feras voyage sur voyage. Peu importe — confiance.
L'essentiel, c'est que la guérison se fasse là où elle doit se faire. Et Iboga voit là où tu dois guérir. Et si tu l'avais vu avant, tu ne serais pas venu manger ce bois.

L'eau, les galets, la forêt — éléments du rite de purification
Comme dans Alice au pays des merveilles, en mangeant le Bois Sacré, tu vas aller au fond de ton placard — là où sont rangés tous tes secrets. Accepter de quitter ton siège de spectateur-rêveur, ouvrir la porte secrète qui est au fond de ce placard, et…
Guérison,
bonheur
et autonomie.
— Pierre-Kouna

Le Gabon filmé
Cinéaste documentariste et ethnologue indépendant, Jean-Claude Cheyssial a filmé l'intérieur du Bwiti pour le faire voir au reste du monde, accompagné par Tatayo dans ses reportages. Ses documentaires restent une porte d'entrée précieuse pour qui veut comprendre la tradition sans y entrer.
Lire sa lettre de recommandationVoix qui en parlent ailleurs
Presse internationale, podcasts spécialisés, livres de référence. Survolez pour mettre en pause.
Babongo — Bruce Parry
2005
Ep. 27 — Tatayo : Iboga, Bwiti & Gabon
2020
Iboga and the Bwiti School of Life — Tatayo
2020
Bwiti: School of Life (cours en ligne)
2020
Medicine Man — Dr. Deandrea visits Tatayo
2010
L'iboga, plante sacrée au Gabon
2025
Gabon — the next drug tourism destination
2017
L'Iboga, le bois sacré (ouvrage)
Paroles d'un enfant du Bwiti (livre)

Deux traditions, une transmission
Le Bwiti Fang Dissumba vient des peuples Fang du nord du Gabon. Le Bwiti Akèlè Simba Misoko-Ngondé vient des Akèlè (Simba) du centre. Chacune a ses chants, ses rythmes, ses masques, sa cosmogonie.
Tatayo est initié dans les deux. Cette double transmission est rare. Elle permet à Ebando de tenir une position de référence, portée collectivement par les transmetteurs présents.
Ebando est l'une des maisons de transmission du Bwiti et de l'Iboga au Gabon. L'association accompagne chaque venue dans un cadre respectueux des traditions Tradition initiatique du peuple Fang, dans le nord du Gabon. Hugues Obiang Poitevin (Tatayo) y a été initié en 1979, premier blanc reçu dans cette lignée. et Tradition Bwiti du centre du Gabon (Akèlè / Simba). Tatayo y a été initié en 1994 dans la lignée Ngondé na Dipouma., avec une équipe locale formée et expérimentée.
Notre approche :
Niveau 2
Version 2010 — 3 201 mots, mots préservés, mise en forme refaite.
Les sections numérotées ci-dessus reprennent intégralement les mots du texte historique d'Ebando, restructurés par sections, paragraphes raccourcis pour la lecture écran. Aucun mot n'a été ajouté, aucun n'a été supprimé.
Pour consulter le rendu original tel qu'il existait en 2010 sur le site historique, suivez le lien d'archive ci-dessous.
Mention historique : 2 liens externes signalés morts dans l'audit (julienbonhomme.ethno.free.fr, jstor.org spécifique) ne sont pas réactivés.
Pour aller plus loin